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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 22:03
Ces quelques réflexions iconoclastes, tirées de "la désunion française", ont été publiées dans "le peuple breton" du mois de juin 2012. Justice sociale et territoire : quelle République ? En France, il est admis que seul l’Etat est à même d’assurer l’égalité sociale. Et si nous prenions le temps d’interroger l’idée française de l’égalité, lorsque celle-ci connaît un échec cuisant ? Cette réflexion s’impose d’autant plus que la célébration des postulats républicains conduit à se voiler la face et à refuser d’affronter les véritables formes de discrimination qui minent notre société. La nomenklatura française Le premier de ces postulats repose sur une forme insidieuse d’appropriation : l’égalité est l’apanage de la France et de son régime républicain. L’égalité citoyenne -civile et politique- suffirait à produire l’égalité entre les hommes ; mais à trop la célébrer, on en oublie d’affronter la réalité discriminatoire et que les révolutions ont toujours accouché de leur nomenklatura. Le second postulat reposer sur l’idée que l’Etat est le seul garant de l’égalité. C’est pour mieux la produire qu’il doit être fort, omniprésent jusqu’à l’hypertrophie. Et pourquoi chercherait-il à la produire par son action constante et résolue lorsqu’il lui suffit de l’incarner ? On se contentera donc d’un filet de protection sociale menacé par les difficultés budgétaires inhérentes à une économie peu compétitive et à faible secteur concurrentiel. Et comment la produirait-il cette égalité, lorsque tout nous montre que, loin d’être neutre, l’Etat souffre d’une détermination culturelle et sociale ? N’est-il pas le lieu de « l’unicité du peuple français », de cette curieuse identité exclusive des langues et des cultures minoritaires de France ? Pire encore, tout nous montre qu’il est accaparé par une minorité de quelques millions de personnes, qui contrôlent pouvoir, économie et culture. La République a échoué sur le terrain de l’égalité. Nous ne sommes pas égaux au plan culturel, territorial et social. Nos langues et cultures minoritaires sont méprisées par le droit. Nos territoires régionaux sont secondarisés au regard d’un Paris spoliateur dont l’extension ne rencontre plus la moindre opposition. Nous voici condamnés à des carrières de second rang pour nos enfants, faute de pouvoir leur payer des études parisiennes dans ces grands lycées qui trustent les places dans grandes écoles. Et la France de s’abîmer dans une société pyramidale, avec, au sommet, l’élite républicaine et largement parisienne, au dessous, la vaste classe moyenne et provinciale, qui travaille pour le compte de la première catégorie et surveille les exclus de la troisième et dernière catégorie. Cruelle ironie de l’histoire pour la nation qui a tout construit sur l’aspiration égalitaire ! Ici prend sa source la désunion française. Et comme ce constat fait mal, on y échappe en stigmatisant la différence du premier des maux : le communautarisme. Indispensables contre-pouvoirs Et si la reconnaissance des peuples et des territoires contribuait à l’égalité sociale ? Au rebours d’une idée répandue, la question culturelle n’occulte pas la question sociale. Lorsque l’altérité est légitimée par des formes appropriées de reconnaissance, il n’est plus de craintes à avoir, ni de réflexes « anti-communautaristes », et le pouvoir a la possibilité de se consacrer pleinement au progrès social. Encore oublie-t-on que les territoires sont autant de contre-pouvoirs indispensables à l’égalité. C’est pour cette raison que les dominants se méfient tellement des régions fortes et les accusent de féodalité. Dotés de larges compétences, nos territoires sont pourtant les seuls capables aujourd’hui de rétablir l’égalité des chances et de mettre un terme à la domination parisienne dans la formation des élites. On attend avec impatience cette grande école bretonne qui permettra de former nos propres élites. Les constructions politiques de type fédéral génèrent bien plus d’égalité entre les hommes et entre les territoires que le système français, lequel aboutit à la domination écrasante de la centralité sur tous les plans. Jamais un Etat fédéral comme l’Allemagne n’accepterait une telle égalité. L’Etat est un faux ami qui n’a que faire de la Bretagne. Défions-nous des mièvres discours de la dissolution de notre différence et de nos intérêts bretons sous l’égide d’un Etat fort. Exigeons la reconnaissance pour notre identité et la protection effective de nos droits culturels qui renvoient à notre altérité, loin d’une « patrimonialisation » de notre culture, qui n’est qu’une nouvelle forme sournoise de spoliation. Exigeons encore ces compétences qui nous permettront de définir notre propre modèle de développement et de le mettre en œuvre. Et plus que tout, défions-nous des discours simplistes en provenance des forces de la haine et des « coupeurs de têtes » dont le retour tonitruant ne présage rien de bon pour l’humanité

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Published by desunion-francaise
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